Séminaire « Mathématiques et poésie, le fond et la forme » 3e séance le mercredi 15 novembre 2023
Le 13 novembre 2023Arpenter les espace-temps poético-mathématiques dans $\in$ de Jacques Roubaud et Euclidiennes d’Eugène Guillevic
Deux poètes publient la même année, en 1967, des recueils de poésie qui font se rencontrer littérature et mathématique. Eugène Guillevic, qui nous a habitués aux terres rocailleuses de Carnac, nous propose un voyage en apparence plus abstrait dans Euclidiennes où il donne la parole à des figures géométriques qui exhibent également leurs contours sur l’espace de la page. Jacques Roubaud écrit quant à lui ∈, qui s’organise selon quatre modes de lecture possibles qui croisent là aussi le texte et le tracé dans des configurations diagrammatiques aux forts accents de calligrammes, et dans l’organisation des sections du recueil, chapeautées par un symbole mathématique voué à une interprétation toute littéraire.
Deux poètes marcheurs arpentent et façonnent des espaces temps à la croisée de la mathématique et de la poésie.
Nous chercherons dans un premier temps à esquisser une cartographie des différents espace-temps traversés dans ces recueils, des espaces dispersés qui ouvrent vers l’indécidable de Roubaud, aux espaces duels de Guillevic, marqués par l’opposition structurante entre le monde du dehors et le monde du dedans. Fondamentalement transitifs, ces espaces s’adressent à un œil-oreille chez Roubaud, comme à une main-arpenteuse chez Guillevic. Les mathématiques forment alors le terreau d’une émergence possible de figures, de symboles et de formes. Ces espaces-temps mathématico-poétiques ne sont pas posés comme des a priori, préexistants à leurs explorations respectives sur la page, mais bien comme le résultat d’une élaboration et d’une construction qui prennent en compte la matérialité du tracé et l’iconicité des relations qu’elles font apparaitre. Nous nous proposons de les envisager comme des présences-absences, qui imposent un rythme et une pratique de lecture singulière. Construire l’espace de la page, pour nos deux poètes, ne revient pas simplement à l’exhiber, mais également à lui offrir une spatialité qui ne relève ni du textuel ni du visuel, ou plutôt qui relève des deux.
Ce sera l’occasion d’aborder également les menaces de dissolution qui pèsent sur ces espace-temps, tant dans l’archi-sonnet roubaldien qui s’efforce d’abolir le temps, que dans les profondeurs guilleviciennes hantées par un délitement possible des choses et des mots.
Notre propos s’achèvera sur les espaces-temps mobiles et ouverts que suggèrent nos deux poètes, notamment dans les aventures pluridimensionnelles que permettent les croisements mathématiques qui viennent travailler – pour ne pas dire tirailler – les formes poétiques.
L’intervention sera donnée par Cindy Gervolino.
Le 15 novembre de 18h-20h à l’Amphithéâtre Dussane, 45 rue d’Ulm, Paris
